Pour une démocratie directe locale

Face à la mutation sociétale en cours : l'élévation de nos démocraties

Petit cours de propagande politicienne : Vote ou élections ?

Question saugrenue pensez-vous ?

Origine de l'article :

Il se pourrait en effet qu’elle engendre une certaine désapprobation, car l’immense majorité de la population s’imagine que le vote ne concerne que les élections (d’un président, d’une assemblée, d’un élu, etc.), si bien que si nous votons, c’est forcément pour élire. Il n’y a donc pas lieu de distinguer le vote et les élections puisque le premier n’est que le moyen par lequel nous mettons en œuvre un processus – l’élection – par lequel nous allons désigné quelqu’un – l’élu – qui prendra toutes les décisions nous concernant à notre place.

Dans cette optique, l’élection – la désignation de l’élu – est donc le résultat du vote où l’un et l’autre sont engagés dans une relation de cause à effet qui au fil du temps a aboli les frontières entre ces deux terminologies. Ce qui n’est pas sans graves conséquences sur la symbolique des mots ‘vote’ et ‘élections’.

Les effets délétères d’une telle confusion profitent toujours aux voleurs de pouvoirs comme nous allons le voir dans cet exposé.

Approfondissons un peu plus le sujet et demandons-nous si le vote ne concerne que les élections ou bien s’il est également possible de voter en d’autres occasions.

Pour ce faire, je ne connais pas d’autre moyen que d’en référer à un juge suprême en matière de sémantique : j’ai nommé le dictionnaire.

Usons et abusons de cet outil indispensable avant qu’il ne soit trop tard et que le Miniver[1] ait pu accomplir son travail de décervelage massif en éradiquant de la langue tous les mots qui font sens, car comme le disait CONFUCIUS : « lorsque les mots perdent leurs significations, les gens perdent leur liberté ».

Ainsi que nous apprend le dictionnaire au sujet des référents vote et voter ?

Tout d’abord que voter est l’expression d’une opinion ou d’un choix et que le vote est l’opinion exprimée dans une assemblée délibérante ou un corps, en vue d'un choix, d'une élection, d'une décision.

Pour le droit constitutionnel (la référence absolue dans la hiérarchie des lois), le vote est « l’acte par lequel un citoyen participe, en se prononçant dans un sens déterminé, au choix de ses représentants ou à la prise d'une décision ».

Il résulte de ces définitions un constat très simple à établir :

- c’est que le vote concerne soit les élections – choix de ses représentants –,

- soit une prise de décision.

Or, vous souvenez-vous de la dernière fois où le peuple a été amené à prendre une décision ?

Je vous donne un indice : le pouvoir décisionnaire de la population est exprimé dans une démocratie par un référendum.

Pour ceux qui sèchent, le référendum est une procédure pour laquelle le corps électoral vote sur des questions limitativement énumérées d'ordre constitutionnel ou législatif. Il n'appelle qu'à deux réponses possibles : oui (adoption) ou non (rejet).

Depuis l’adoption de notre actuelle constitution, c’est-à-dire 1958, il n’y a eu que 10 référendums.

Par période de dix ans, il y en a eu quatre (4) entre 1958 et 1967, deux (2) entre 1968 et 1977, aucun entre 1978 et 1987, deux (2) entre 1988 et 1997, deux (2) autres entre 1998 et 2007, puis plus rien.

C’est-à-dire qu’excepter la première période postconstitutionnelle, nous votons pour prendre une décision tous les dix ans environ.

Et encore faut-il préciser que lors du dernier référendum, nos dirigeants se sont passés de l’expression de notre volonté – trahison suprême en démocratie – puisqu’ils l’ont contourné en adoptant le traité de constitution de l’Union européenne que nous avions démocratiquement refusé par référendum en 2005.

Dans la même période, il y a eu 9 présidents de la République, 14 législatures (on a voté 14 fois pour nos députés), 7 élections européennes, 5 élections régionales, 17 élections cantonales et 10 élections municipales (y compris celle de 2014).

Soit un total de 62 élections.

Nous votons donc 6,2 fois plus pour des élections que pour une prise de décision (même si cette dernière n’est pas respectée).

Ces votes pour des élections fréquemment répétées ont totalement changé notre représentation du vote en lui attribuant une valeur intrinsèquement faussée puisque désormais vote = élection alors qu’il n’en était pas ainsi à certaines époques.

Étymologiquement, le mot vote est issu du latin votum (supin de voveo : vœux) qui signifiait au moyen âge : « suffrage, expression selon une forme déterminée d'une position ou d'une décision sur une question mise au débat ».

Ainsi, nous sommes progressivement passés d’un vote pour décider à un vote pour élire. Un Miniver digne de ce nom n’aurait pas rêvé mieux, mais pour être totalement juste, je devrais préciser que cette interprétation du terme vote retrouve de ce fait une certaine place d’origine puisque le vote exprimait alors un vœu ou une promesse faîtes aux dieux.

Nous comprenons aisément ici l’analogie : nos élus sont nos nouveaux dieux qui décident pour nous de notre avenir.

Cette analyse est toutefois loin de s’arrêter là, car ce changement (cette régression) de la finalité du vote entraine des effets que nous ne soupçonnons même pas :

il nous conditionne à un décervelage massif par l’usage d’injonctions paradoxales dont j’ai déjà pu dénoncer maintes fois la toxicité dans d’autres articles relatifs à l’analyse de l’actualité (cf. Le ‘pouvoir’, les ‘crises’, la communication paradoxale et « l’effort pour rendre l’autre fou » et des exemples concrets avec le billet Affaire Dieudonné et théorie du genre, etc. : le harcèlement moral s’institutionnalise).

De ce qui précède, nous pouvons déduire que le vote n’est donc pas limité aux seules élections et qu’il indique simplement un mode ou une méthode de sélection pouvant être utilisé dans différentes situations. Il diffère donc de l’élection en elle-même dans le sens où cette dernière désigne un processus par lequel un choix va être effectué pour élire un dirigeant qui sera chargé de prendre les décisions à notre place.

Ce qui revient à dire que la classe « élections » – regroupant les éléments déterminant les modes de sélections de nos représentants tels que le vote ou le tirage au sort, etc. – n’appartient pas à elle-même.

En effet, selon la théorie des ensembles de RUSSEL sur les paradoxes sémantiques : « l'ensemble des ensembles n'appartenant pas à eux-mêmes appartient-il à lui-même ? Si on répond oui, alors, comme par définition, les membres de cet ensemble n'appartiennent pas à eux-mêmes, il n'appartient pas à lui-même : contradiction. Mais si on répond non, alors, il a la propriété requise pour appartenir à lui-même : contradiction de nouveau »[2].

En situant sur un même plan sémantique les élections et le vote, on attribue à la classe « élections » la même valeur que les éléments qui lui appartiennent créant ainsi un paradoxe qui bloque notre raisonnement dans une boucle sans fin et conduit à des solutions dichotomiques pour tenter de sortir de ce labyrinthe de la pensée. Or, s’échapper de ce genre de piège ne peut se faire que par le « haut ». Les spécialistes vous diront qu’il faut apprendre à changer de perspective ou d’angle d’approche et ne plus raisonner sur un mode binaire.

Quelques exemples issus de la Sémantique Générale d’Alfred KORZYBSKI vous permettront de vous familiariser avec cette notion : « on peut par exemple créer la classe des chiens, mais la classe des chiens n'est pas elle-même un chien. Si le chien noir de mon voisin aboie sans arrêt et mord le facteur, je ne peux pas en dire autant de la classe des chiens. Autrement dit, la classe des éléments ainsi formée est d'un type logique différent de celui des éléments proprement dits. On comprend bien que le mot chien n'est pas un chien. Le mot qui décrit une chose n'est pas cette chose. Confondre les deux reviendrait, dans un restaurant, à manger la carte du menu au lieu du menu lui-même »[3].

Ainsi le choix entre le vote et les élections est un faux problème. La question que soulève cet article est donc une question paradoxale dont on peut mesurer l’absurdité en comprenant comment sont générés les paradoxes sémantiques.

Mais alors et en toute logique, pourquoi écrire un article sur une question qui ne devrait même pas se poser pour qui possède un tant soit peu de bon sens ?

La réponse est très simple : parce que de nombreuses campagnes de publicité nous exhortent à chaque élection pour aller voter en affichant des messages tels que :

« Ne laissez pas les autres décider pour vous : Voter » sur une image présentant une carte d’électeur (cf. image de présentation de l'article).

Nous avons là un parfait exemple de manipulation mentale et de lavage de cerveau par l’utilisation d’injonctions paradoxales dont le but clairement affiché est tout simplement de provoquer un état schizophrénique, c’est-à-dire dissociatif, chez les récepteurs de tels messages afin d'en bloquer l'analyse critique.

Ne pouvant répondre, ni par oui, ni par non à ce type de message, l’individu se réfugie dans des systèmes de défense intrapsychique, proches des états psychotiques, qui échappent à sa conscience. Et ce pour le plus grand bonheur des voleurs de pouvoir qui pendant que le « bon peuple » se crêpe le chignon pour savoir qui est blanc ou noir dans l’affaire, peuvent impunément continuer à spolier les richesses générées par autrui.

Cette confusion entre vote et élections (voter pour élire) soigneusement entretenue parmi la population permet également de détourner l’attention sur le fait que dans un système démocratique : « Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi »[4] (voter pour décider).

Un dernier exemple encore pour conclure cet article.

Une radio locale a interviewé quelques candidats aux dernières élections municipales. S’inquiétant des taux d’abstention de plus en plus conséquents, elle a posé la question suivante à tous les postulants à la fonction de maire : « Que souhaitez-vous dire aux auditeurs de radio […] qui doutent encore de l’utilité d’aller voter ce dimanche 23 mars ? »

La réponse qui revenait le plus souvent dans la bouche des prétendants au trône était : « Il faut toujours avoir en mémoire que des gens se sont battus et ont sacrifié leur vie pour conquérir le droit de vote ».

Le fait est qu’il est bien vrai que des gens se sont fait tuer pour avoir le droit de voter, mais c’était pour avoir le droit de décider par soi-même en votant, et non pas pour élire un représentant qui sera chargé de décider à notre place pour tout sujet relevant de la vie en communauté.

Il serait temps de relire la Constitution qui même si elle n’est pas parfaite, explique très bien cette nuance que de nombreux élus détournent à leur profit, car le second article[5] reprend à son compte un principe émis par un discours d’Abraham LINCOLN prononcé en 1863 lorsqu’en pleine guerre civile il inaugura un cimetière national dédié aux victimes en appelant l’Amérique à renaître dans la liberté, l’égalité et la démocratie en la définissant ainsi : « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

 

Philippe VERGNES


[1] Le Miniver est le Ministère de la Vérité dans le roman d’anticipation dystopique 1984 de George ORWEL. C’est un d'un terme de novlangue, qui fait intervenir la doublepensée, puisqu'il s'agit en fait d'un ministère de la propagande : un organe du pouvoir qui réécrit l'histoire aussi souvent que « nécessaire ».

[2] D’après l’exemple donné par le site lintern@ute.com.

[3] Ibidem.

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